
Sénégal: 750 millions d’euros empruntés
Sénégal: 750 millions d’euros empruntés « secrètement » pour éviter le défaut de paiement?
Le Sénégal aurait « secrètement » emprunté en 2025 des centaines de millions d’euros auprès des banques internationales Africa Finance Corporation (AFC), First Abu Dhabi Bank ainsi que la Société générale, selon plusieurs médias. Des prêts complexes qui n’ont pas été divulgués publiquement et que le ministère des Finances et du Budget conteste. Ces papiers pourraient compliquer un peu plus la gestion de la dette sénégalaise et la relation de Dakar avec ses créanciers.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à Dakar, au Sénégal, le lundi 25 mars 2024. Des documents consultés par le journal britannique Financial Times ont révélé des emprunts « secrets » de plusieurs centaines de millions d’euros.
« Le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye a-t-il, à son tour, constitué une ‘dette cachée’? » C’est la question posée par plusieurs articles de presse ce mercredi 25 mars. Les emprunts du gouvernement sénégalais ont été garantis à l’aide d’obligations souveraines nationales, un titre utilisé pour financer des dépenses publiques. Ils ont été passés sous « secret », révèle le journal financier britannique The Financial Times, qui a pu consulter des documents.
Les 650 millions d’euros ont été contractés à deux banques internationales: la société de financement du développement Africa Finance Corporation (AFC) et la First Abu Dhabi Bank. Selon le média Jeune Afrique, Dakar aurait également emprunté à un troisième créancier, Société générale, à hauteur de 100 millions d’euros.
Un pays déjà endetté en négociations avec le FMI
L’emprunt s’est réalisé en utilisant des total return swaps, des produits financiers complexes qui peuvent donner aux prêteurs la priorité sur d’autres créanciers. Les total return swaps sont « de plus en plus utilisés par les pays proches du défaut », explique le Financial Times.
Le prêt a été conclu « après qu’un auditeur d’État ait confirmé en 2025 que le pays avait au moins 7 milliards de dollars d’emprunts cachés sous le gouvernement précédent, portant sa dette à plus de 40 milliards de dollars, soit plus de 130% du PIB », détaillent nos confrères. Le ministère des Finances du Sénégal et son conseiller financier, Global Sovereign Advisory, n’ont pas répondu aux questions de nos confrères.
Le sujet était déjà hautement sensible au Sénégal, avec la dette laissée par le précèdent président, Macky Sall. D’un montant de 7 milliards de dollars, elle avait été découverte par la Cour des comptes puis confirmée par le Fonds monétaire international (FMI).
Depuis, Dakar essaie d’éviter le défaut de paiement. Le pays d’Afrique de l’Ouest cherche à renégocier avec le FMI un plan de sauvetage à hauteur d’1,5 milliard d’euros, suspendu en mai 2024 après la découverte de la première dette cachée. Les détails des total return swaps n’ont pas été communiqué au FMI, selon l’institution internationale jointe par le Financial Times.
« L’équipe du FMI est consciente que le Sénégal a conclu un certain nombre de total return swaps avec des prêteurs. Les conditions de ces swaps n’ont pas été partagées », a déclaré le FMI. En attendant, l’économie sénégalaise tourne au ralenti. La dette atteignait les 11 milliards d’euros, soit 132% du PIB, avant cette nouvelle découverte d’emprunts dissimulés.
La nature des total return swaps jugée « problématique »
Le Sénégal est normalement tenu par ses détenteurs d’obligations de communiquer sur ses prêts supplémentaires contractés, détaille le Financial Times. Les total return swaps ne sont toutefois pas considérés comme des prêts, expliquent nos confrères.
« Les gouvernements à court de liquidités et confrontés à des coûts d’emprunt élevés sur les marchés de la dette publique ont recours à ces swaps (…) pour obtenir rapidement des liquidités à des taux plus bas en donnant aux prêteurs des droits sur une grande partie de leurs obligations », précise le Financial Times. En cas de défaut de paiement, le Sénégal pourrait souffrir de complications dans le rééchelonnement de sa dette.
